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Spotting 101 à San Francisco.Le webzine canadien francophone sur l'aéronautique

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À côté d’Alex Rocha, on se sent tout petit. Sa jeunesse, il l’a passée dans une banlieue défavorisée sombrant à l’âge de 16 ans dans le trafic de stupéfiants et les gangs de rue comme s’est souvent le cas chez les enfants pauvres, rejetés par la société et découragés par les systèmes d’éducation traditionnels. À force de volonté, à 24 ans, il s’en sort et se dévoue désormais sous la bannière de l’Alex Rocha Youth Center depuis 2012 à sauver le plus de jeunes possible de la spirale infernale des malfrats des barrios dont on n’ose pas parler aux touristes visitant Carthagène des Indes en Colombie. Son arme principale : l’anglais. Parfaitement bilingue, il enseigne cette langue aux enfants de 8 à 14 ans afin qu’ils aient, plus tard, de bonnes chances de trouver un emploi intéressant, notamment dans le secteur touristique où, très souvent, il s’agit d’un requis incontournable.

Une fois par semaine, le dimanche, Alex réunit les enfants de son groupe au centre afin de débattre de sujets liés au sens de la vie, un problème crucial dans les milieux défavorisés.

À 45 ans, il est marié et père de six enfants. Avec beaucoup d’humour, il explique également qu’il est déjà une fois grand-père !

San Francisco.
Situé au sud-ouest du seuil de la piste 01 de l’aéroport de Carthagène, San Francisco est l’un des quelques quartiers que l’on peut qualifier de mal famés et de dangereux de la ville. Pour vous donner une idée, la majorité des chauffeurs de taxis refusent de s’y rendre et lorsqu’ils n’ont pas d’autre choix, ils ne s’y arrêtent pas. Nous en avons fait l’expérience à la nuit tombante lorsque nous avons voulu retourner à notre hôtel; aucun taxi hélé n’a ralenti et n’a voulu nous prendre en charge. En désespoir de cause, nous avons demandé de l’aide à quelques policiers qui ont organisé un barrage obligeant un taximan à nous embarquer.

À San Francisco, la drogue circule et les jeunes délinquants font des ravages entre gangs à l’aide de pistolets bricolés, bien plus efficaces que les machettes et les bâtons de base-ball utilisés auparavant. Ceci est surtout vrai une fois qu’il fait sombre. La prostitution et l’abus de jeunes enfants sont également monnaie courante. De nombreuses gamines tombent ainsi enceintes avant même d’avoir quitté l’enfance.

Les habitations sont très modestes et souvent spartiates. Certaines ne sont même pas équipées de sanitaires, ce qui fait que les personnes qui y vivent n’ont d’autre choix que d’aller faire leurs besoins naturels dans les fourrés situés tout près de la piste de l’aéroport. C’est ce qui s’appelle l’austérité dans son vrai sens, pas celui usurpé par bon nombre de personnes qui se mêlent de politique en Belgique ou au Québec, par exemple.

Ports d’attache.
Étant fidèles à l’émission « Ports d’attache » diffusée sur TV5, Louise et moi n’avons pas manqué l’épisode consacré à Carthagène puisque nous avions prévu d’aller visiter en janvier 2015 cette très belle ville issue d’un bastion espagnol. Les différentes capsules présentées par Sophie Fouron avaient le mérite d’évoquer autant des aspects que l’on montre habituellement aux touristes, essentiellement la vieille ville et Bocagrande avec ses gratte-ciels modernes, que ceux que l’on aborde moins fréquemment.

Un reportage était, notamment, consacré à Alex Rocha et à son œuvre au profit des jeunes de San Francisco. Lors de certains plans, on pouvait voir des avions en approche finale passer tout proche. C’est là qu’il m’est venu l’idée de prendre contact avec Alex et de voir si les enfants seraient éventuellement intéressés à ce que nous leur enseignions les rudiments de l’observation d’aéronefs, le spotting, dans notre jargon.

En route pour San Francisco.
Une fois débarqué à Carthagène, je demande à plusieurs guides et représentants de notre compagnie de vacances s’ils connaissaient Alex Rocha. À chaque fois, la réponse est négative. J’entreprends alors quelques recherches sur Internet et, rapidement, je mets la main sur l’adresse de courriel d’Alex. Je lui fais donc la proposition de passer un après-midi à regarder les avions avec les jeunes de son organisation. Sa réponse positive m’arrive quelques minutes plus tard et nous nous fixons rendez-vous face à un petit café situé dans l’aérogare le lendemain après-midi.

Avec un peu de retard, Alex arrive à l’aéroport. Nous prenons un peu de temps pour faire connaissance avec sa sœur qui travaille pour la compagnie américaine JetBlue. Elle aurait bien aimé être des nôtres cet après-midi, mais comme elle est de service, elle se voit désolée de ne pas pouvoir nous accompagner. Nous montons ensuite dans un taxi qui veut bien nous conduire à San Francisco.

Nous débarquons face au petit local loué par l’organisation d’Alex. Lorsque nous pénétrons à l’intérieur de celui-ci, nous découvrons une bonne vingtaine d’enfants de tous âges, sagement assis, qui nous attendaient. Les présentations débutent. Dans un anglais absolument impeccable, chaque jeune décline son nom et ce qu’il voudrait devenir plus tard. C’est ainsi que, parmi eux, il y a de futurs joueurs de football (soccer), avocats, policiers, médecins et, même, un pilote ! À notre tour, Louise et moi, nous nous présentons avec nos rudiments d’espagnol. Nous leur disons que nous sommes professeurs et je leur explique brièvement ce que c’est que l’avionique, la matière que j’enseigne au Canada. Quant à Louise, lorsqu’elle annonce qu’elle est professeur de mathématiques, les enfants apprécient, au contraire de la volée de dédain pour cette matière habituellement rencontrée en pareille circonstance.

Tout est source d’intérêt et d’espoir.
Nous quittons tous ensemble le local pour aller nous placer à proximité de l’axe d’approche des avions atterrissant sur la piste 01. Nous empruntons ce qui a déjà dû être une belle avenue avec une piste cyclable longeant la lagune. Actuellement, nous devons faire attention aux débris, notamment de verre, qui jonchent le sol. Nous nous installons à un endroit bien situé et nous attendons le premier avion.

Durant la matinée, nous avions préparé notre « leçon », particulièrement Louise qui avait recopié à la main l’alphabet phonétique international à plusieurs exemplaires sur du papier disponible dans la chambre de notre hôtel. Après avoir distribué ses copies, elle commence donc à l’apprendre aux enfants : A, alpha ; B, bravo et ainsi de suite. Religieusement, tous écoutent et après une demi-heure, la majorité d’entre eux connaît les expressions des 26 lettres de l’alphabet. Une performance que nous avons du mal à atteindre avec plusieurs de nos étudiants après trois années d’étude ! Quelques filles ont même un cahier de notes dans lequel elles transcrivent systématiquement toutes les informations que nous leur transmettons; un autre exemple pour nos étudiants bien trop souvent incapables de prendre la moindre note en classe.

Un premier avion se présente en finale. Il s’agit d’un Airbus A320 de LAN Airlines immatriculé CC-BAF. C’est maintenant à mon tour d’expliquer aux enfants ce que c’est qu’une immatriculation d’un aéronef et que « charlie-charlie » est l’indicatif du Chili. Un autre A320, d’Avianca cette fois-ci, arrive dans la foulée. Immédiatement, les enfants lisent l’immatriculation « HK-4659 ». Je leur indique qu’il s’agit d’un appareil colombien et que, dans certains pays, dont la Colombie, on utilise des chiffres plutôt que des lettres pour identifier un aéronef.

Entre deux avions, je leur explique le pourquoi de l’orientation de la piste 01/19 ainsi que les codes à trois lettres (CTG) et à quatre lettres (SKCG) identifiant l’aéroport. J’effectue aussi une petite démonstration classique en soufflant au-dessus d’une feuille de papier pour montrer que la dépression d’air au-dessus d’un profil peut créer de la portance. Rapidement, ils comprennent pourquoi un avion vole.

Un jeune, un peu plus âgé, me pose la question au sujet du vol des hélicoptères. Je lui explique donc le concept « d’aile tournante » permettant de maintenir le vol stationnaire ainsi que des notions élémentaires, telle l’utilité du rotor de queue. Il m’indique aussi qu’il s’est déjà renseigné pour entrer à la Force aérienne colombienne, mais il me dit que « ton nom doit être connu » pour avoir des chances d’être retenu. En effet, si la Colombie a réussi à se débarrasser des gros cartels de la drogue et de la rébellion des FARC, le fléau de la corruption demeure bien en place même si des efforts sont entrepris par les administrations.

Un Airbus A321 d’Avianca arrive en finale et les enfants sont surpris de ne pas y lire une immatriculation colombienne. En effet, cet avion (N696AV) est immatriculé aux État-Unis et je leur en explique la raison. S’en suit un autre A320 d’Avianca (N195AV), mais portant, cette fois-ci, la livrée Star Alliance. Je leur parle donc des regroupements des compagnies aériennes en plusieurs groupes et qu’Avianca est membre de Star Alliance. Le jour commençant à tomber, nous observons un ultime A320 d’Avianca (HK-4549) avant de rejoindre le local où nous prenons congé des enfants.

Pour ma part, je suis très impressionné par la capacité d’apprentissage de ces enfants. Chaque information reçue, de quelque nature qu’elle soit, semble leur être une richesse qui leur est offerte et leur permettra, espérons-le, de pouvoir se sortir de la pauvreté qui est leur sort quotidien.

De nouveaux locaux.
Notre après-midi se clôture par une visite des nouveaux locaux qu’Alex est en train de bâtir. Beaucoup plus vaste et équipé de sanitaires, ce nouveau foyer devrait permettre d’améliorer les conditions matérielles de l’enseignement et des rencontres. Alex me dit qu’il a pu réaliser ceci grâce, essentiellement, à des contributions d’entreprises et de particuliers, mais surtout étrangers car, me dit-il, les Colombiens sont de nature assez égoïste et pensent avant tout à leur enrichissement personnel.

Alex s’occupe actuellement d’environ 45 enfants sur à peu près 2000 que compte le quartier de San Francisco. Nul doute que les nouveaux locaux permettront d’accroître ce nombre.

Comment aider Alex ?
Si vous vous rendez en vacances à Carthagène, sachez que vous pouvez recruter Alex comme guide touristique et en profiter pour contribuer d’une façon ou d’une autre à son œuvre. L’argent n’est pas le seul moyen de l’aider. En effet, si tout comme nous, vous avez un intérêt particulier et que vous êtes prêts à le partager avec les enfants de San Francisco, ce sera très apprécié de passer un peu de temps avec eux.

Vous pouvez aussi lui faire parvenir des livres et des magazines en anglais ou en espagnol à l’adresse reprise ci-après. Et si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à prendre contact avec Alex.

Vous pouvez également le suivre sur son compte Facebook et faire connaître ses activités parmi vos amis.

Pour notre part, notre rencontre avec Alex et ses enfants a été une grande leçon d’humanité. Comme je l’ai écrit plus haut, même si nous sommes privilégiés par la vie nous nous sentons tout petits à côté de lui.

Pour contacter Alex Rocha :
Adresse de courriel :
rochasabe7@gmail.com

Adresse postale :
Alexander Rocha Arias,
Takarigua M 13 L 12,
Cartagena, Colombia.

Compte Facebook :
https://es-es.facebook.com/AlexRochaYC



L'article original :
http://www.pierregillard.com/articles/2015-sanfrancisco.pdf
Photos : http://pierregillard.zenfolio.com/ae20150113

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